Le cours de Géopolitique

geopolitique

Le concept de la géopolitique

Napoléon disait : « les Etats ont la politique de leur géographie ». Plus tard, au début du XXe siècle, un grand homme d’Etat grec, Eleuthère Vénizelos, affirmait : « on ne peut rien contre la géographie ».

Tel est, en effet, le principe même de la géopolitique : c’est la politique extérieure et même intérieure d’un Etat dictée par la géographie dans laquelle il se trouve.

Des exemples illustrant ce principe

Prenons l’exemple de l’Angleterre dans son histoire bientôt millénaire : c’est une île qui, dans sa recherche de ressources ou de biens manufacturés, a donc besoin d’une marine importante pour assurer ses approvisionnements. En revanche, n’ayant pas de frontière terrestre à défendre, du moins contre un ennemi redoutable, elle n’a pas besoin d’entretenir une armée de terre importante ; la marine étant bien assez coûteuse comme cela. Même quand la tendance sera aux armées pléthoriques, jusqu’à la Grande guerre elle n’aura donc pas besoin non plus d’un service militaire obligatoire, puisque sa marine suffit à assurer sa sécurité aussi bien militaire que commerciale.

On voit ici l’impact que peut avoir la géographie non pas seulement sur la politique extérieure, mais aussi intérieure : l’Angleterre n’avait pas institué de service militaire comme la France, exposée, elle, aux autres grandes puissances occidentales, non par refus idéologique, mais selon des considérations purement pratiques.

L’histoire tragique de l’Allemagne durant la première partie du XXe siècle s’explique elle aussi par la géographie : cette nation à la démographie galopante avait entrepris de s’étendre, en particulier dans les immensités de l’Europe russe, pour s’y installer.

Le Japon, passé maître dans la transformation industrielle mais sans aucune ressource naturelle, a eu une politique de conquête motivée par le désir de ne dépendre de personne sur ce plan. Au contraire, les Etats-Unis, jusqu’à une période récente, n’avaient pratiquement pas de politique extérieure, sinon pour s’étendre géographiquement aux dépens du Mexique, parce qu’ils avaient toutes les ressources qu’ils souhaitaient sur leur propre territoire. C’est ce qui faisait d’eux, à l’orée du XXe siècle, un géant économique mais un nain diplomatique. Et ce qui motive les diverses offensives guerrières américaines aujourd’hui, c’est, outre le poids que le lobby militaro-industriel fait peser sur le pouvoir, la nécessité d’imposer par la force le dollar comme monnaie d’échange de 80% du commerce mondial.

La plupart du temps, nous lisons l’action extérieure d’un Etat avec des lunettes idéologiques ou parfois inspirées par la propagande de cet Etat. Par exemple, qu’est-ce qui motive l’intervention de la France au Mali : le souci de lutter contre l’islamisme – qui ne préoccupait guère le même Etat en Syrie – ou bien plutôt la proximité des mines d’uranium au Niger ?

Les cours de géopolitique

S’il existe un cours de géopolitique dans toutes les écoles de management, c’est pour que nos étudiants apprennent à lire la diplomatie internationale autrement que M. & Mme Michu regardant le Journal télévisé de 20h la fourchette en l’air : dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, c’est l’intérêt matériel qui est le moteur de l’action…