D'où vient notre inflation ? - ESCI

d’où vient notre inflation ?

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L’inflation en hiver

En cette fin d’été, chacun en Europe appréhende pour les mois froids à venir la hausse du coût du chauffage et de l’éclairage. Dans ce contexte angoissant, on a pris l’habitude d’attribuer la genèse de nos difficultés à la succession de deux crises : d’abord la crise sanitaire provoquée par la grippe chinoise, qui, en désorganisant le commerce mondial, a renchéri le coût des matières premières ; ensuite l’intervention de la Russie dans la guerre du Donbass, à laquelle l’Union européenne a cru pouvoir répliquer en prenant des sanctions dont l’effet boomerang menace de ruiner ses peuples, au risque d’une crise politique générale. Pourtant, la question peut se poser de savoir si ces événements, crise sanitaire et crise ukrainienne, n’ont pas été de simples accélérateurs d’une inflation qui, de toute façon, serait survenue. Expliquons-nous.

On sait que l’Europe, comme les Etats-Unis d’ailleurs, dépense plus que ce qu’elle gagne ; ou, pour être plus juste, elle avait pris l’habitude de laisser son principal acteur économique, l’Allemagne, réaliser le bon équilibre de sa balance commerciale. Le reste de l’Union poursuivait ses dépenses grâce à l’assouplissement monétaire, en anglais quantitative easing, ce qu’on appelait jadis « faire tourner la planche à billets ».

Outre les performances exportatrices de l’Allemagne, l’équilibre général était réalisé par la déflation chinoise : la Chine, devenue l’usine du monde, nous vendait des produits à moindre coût que chez nous où le capital ne souhaitait pas payer le travail à son juste prix.

Mais en important la production chinoise, nous avons exporté nos usines de production, dans une telle mesure que la plus grande partie de la production réalisée en Chine est en réalité de la richesse occidentale ou japonaise fabriquée sur place. Autrement dit, nous avons échangé nos outils de production contre des produits à bas prix.

 

Les conséquences de l’inflation

Il en est résulté une hausse des prix des produits de première nécessité, masquée par les courbes statistiques, c’est-à-dire qu’en mêlant ces produits avec d’autres non indispensables comme les portables, les ordinateurs, les baskets etc. les courbes demeuraient saines.  En réalité, une véritable inflation sur les produits vitaux a été masquée par la déflation des produits chinois non-indispensables, de sorte que ce ne sont pas les riches, capables de s’offrir sans problème les deux catégories, mais les pauvres, limités dans leur budget mensuel, qui souffraient de cette inflation : c’est le principe de la révolte des Gilets jaunes, affectant ce que Christophe Guilluy appelle « la France périphérique ».

Désormais, l’Union européenne n’a plus guère d’outils de production, sauf en Allemagne qui est restée industrialisée. Mais la pénurie d’énergie entrave sa capacité de production, et pour la première fois depuis sa réunification, sa balance commerciale est déficitaire, entraînant la zone euro dans sa chute.

Certes, cette situation est conjoncturelle, mais la crise du déficit est structurelle : les Etats-Unis, en particulier, ne survivent à leur dette que parce qu’elle est libellée en dollars, qui assurait 85% des échanges mondiaux. Aujourd’hui que la Chine, la Russie, l’Arabie, l’Inde, conviennent d’utiliser le rouble et le yuan, le roi-dollar s’affaiblit. Quant à l’euro, depuis sa création, il a perdu 85% de sa valeur par rapport à l’or. Autant dire que la crise est d’abord monétaire, qui donne raison à Milton Friedman, dont je cite pour conclure une pensée extraite de sa théorie quantitative de la monnaie : « L’inflation est toujours un phénomène monétaire, elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production ».

 

Sources : 

Le commerce extérieur allemand dans le rouge pour la première fois depuis 1991

Comment suivre l’évolution des prix à la consommation ?

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