La présence du triumvirat sur les routes maritimes

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Les routes maritimes mondiales et le triumvirat

Nous savons que dans notre économie mondialisée, le trafic maritime assure 85% du commerce mondial, parce qu’en termes de quantité des échanges, un navire peut transporter plus de marchandises que n’importe quel véhicule terrestre, a fortiori n’importe quel engin aérien. Compte tenu de l’intensification des échanges, le trafic maritime a été multiplié par 15 depuis quarante ans, pour dépasser aujourd’hui 10 milliards de tonnes de fret par an. Mais quelles sont les principales routes maritimes empruntées par ce trafic ?

La plus longue mesure 23.300 kms. Partant du Japon, elle traverse le Pacifique nord, descend par le canal de Panama, remonte l’Atlantique nord et accoste en Europe occidentale. C’est loin d’être la plus empruntée, quand on sait que Panama ne voit transiter que 5% du trafic mondial.
Une autre route relie l’Extrême-Orient à l’Europe en passant par le détroit de Malacca et le canal de Suez. Elle est un peu moins longue – 21.200 kms – et beaucoup plus importante économiquement, quand on sait que Malacca assure 25% du trafic mondial, et Suez 8%. Au passage, le détroit d’Ormuz voit passer 35% de la production pétrolière.

 

La présence du triumvirat

Ces deux routes principales, auxquelles il convient d’ajouter toutes les autres, par exemple celle qui contourne l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, notamment quand la Chine va diversifier ses approvisionnements en achetant du pétrole aux grands pays producteurs de la côte atlantique – Angola, Gabon, Guinée équatoriale, Nigeria – toutes ces routes sont « contrôlées », si l’on peut dire, au moins surveillées, par trois puissances que l’on appelle le Triumvirat, par allusion à l’histoire des dernières années de la République romaine antique. Non seulement par leurs domaines maritimes respectifs – l’Amérique et la France possédant les deux plus importants du monde – mais aussi par leurs bases militaires éparpillées tout au long de ces axes, ces trois puissances nucléaires sont en mesure de contrarier n’importe quelle autre puissance dans ses approvisionnements, en cas de crise majeure.

D’où l’intérêt que pourrait présenter le réchauffement climatique, pour la Chine en particulier, mais également pour la Russie, si les rivages russes de l’océan Arctique devaient se liquéfier toute l’année avec la fonte d’une partie de la banquise. A vrai dire, nous en sommes encore loin, mais cette route permettrait, non seulement d’échapper au Triumvirat, du moins jusqu’au débouché sur l’Europe du nord, mais en outre de parcourir une distance beaucoup moins longue : 14.000 kms, donc plus économique et plus rapide. Une autre route, si elle devait s’ouvrir, creuserait le fameux Passage du nord-ouest, mais là, entre les côtes canadiennes et groenlandaises, donc danoises, l’avantage resterait au bloc occidental.

L’ouverture d’une route permanente dans l’Arctique russe devrait en principe rapprocher les intérêts russes et chinois, mais les choses ne sont pas si simples. D’abord, le dégel n’en est pas arrivé jusque-là, et surtout, la Russie craint le géant qui s’est réveillé à côté d’elle. Il reste cependant d’autres puissances extrême-orientales comme le Japon et les Dragons d’Asie, qui gagneraient elles aussi à cette aubaine climatique. Rien n’est jamais figé dans un monde en mouvement.

 

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