Les conséquences des émeutes au Kazakhstan

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Le déclenchement des émeutes au Kazakhstan

Au déclenchement des émeutes au Kazakhstan, la question s’est posée naturellement de savoir s’il n’y avait pas là un relent de ces révolutions colorées comme les Etats-Unis en ont organisé dans la sphère d’influence russe héritée de l’ancien espace soviétique.

En réalité, personne n’avait intérêt à déstabiliser le Kazakhstan, les Etats-Unis moins que personne, car ce sont leurs compagnies qui exploitent les gisements de pétrole et de gaz du pays.

La Chine non plus, car un embrasement du Kazakhstan majoritairement musulman pourrait infecter la région frontalière du Sinkiang peuplée de Ouïgours dont l’assimilation par le pouvoir central de Pékin est rendue difficile en raison d’un irrédentisme latent.

La France non plus, qui est le principal client du pays pour ses fournitures en uranium, dont elle a besoin pour faire fonctionner son parc nucléaire civil et son arsenal militaire.

En définitive, les deux grands gagnants de la crise sont la Russie et le président Tokayev.

Pourquoi ?

La Russie, parce qu’elle s’est montrée capable d’intervenir rapidement et efficacement par le biais de la Force de sécurité collective, sorte de mini-Otan alliant six pays de l’ancien espace soviétique prêts à aider sans condition l’un des leurs menacés d’une agression extérieure, voire d’une crise intérieure que l’on soupçonnerait téléguidée par une puissance étrangère hostile. Le Kazakhstan, dont la population russophone est passée de 40% à 20%, se dégageait progressivement de l’emprise russe, quand bien même son partenariat économique avec l’ancienne puissance tutélaire demeure de loin plus important que celui avec la Chine, en dépit du fait que les fameuses routes de la soie passent par son territoire sitôt franchies les frontières du Sinkiang. M. Poutine, par son esprit de décision, s’est imposé comme le chef incontournable sur lequel ses alliés peuvent compter.

Quant à M. Tokayev, il subissait jusqu’à présent la tutelle de l’administration héritée du père de la nation, M. Nazerbayev, un peu à la manière de M. Obama qui gouverne l’Amérique par l’intermédiaire de son administration restaurée en 2020 derrière le paravent de la présidence Biden. Profitant des demandes insistantes des émeutiers de rompre avec la corruption et la mainmise de l’administration Nazerbayev, M. Tokayev a mis à pied tout le monde, ce qui présente pour lui l’avantage de se débarrasser d’une tutelle encombrante tout en satisfaisant à la demande populaire.

En somme, tout le monde est content, ce qui, admettons-le, est rare en politique…

 

Sources :

• https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20220115-au-kazakhstan-l-opacit%C3%A9-autour-des-victimes-civiles-et-des-arrestations-d-activistes

• https://www.lemonde.fr/international/article/2022/01/17/moscou-ne-s-est-pas-retire-du-kazakhstan-sans-garanties_6109811_3210.html

 

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