Ukraine : cachez ce gaz…

ukraine-cachez-ce-gaz

Le contexte de la crise en Ukraine

La crise ukrainienne est généralement traitée sous le seul angle politique, en l’occurrence on y oppose les deux points de vue, celui des Russes, qui demandent que l’on respecte l’engagement pris naguère par les Etats-Unis de ne pas profiter de l’effondrement de leur empire soviétique pour venir installer l’Otan au milieu de ses ruines, jusqu’à toucher leur frontière, et celui des Ukrainiens, qui demandent à pouvoir rester libres de nouer leurs alliances militaires avec qui ils veulent, sans quoi ils ne seraient pas pleinement souverains.

Mais derrière cette querelle purement politique – on a envie de préciser : derrière le paravent de cette querelle – il y a la question du gaz russe, dont l’Europe est dépendante à 40%, ce qui est considérable, loin devant sa dépendance à la Norvège à 18%, à l’Algérie à 11% et au Qatar à 4%, pour ne citer que les quatre premiers fournisseurs. Notons en passant que la France se distingue de cet ensemble, puisqu’elle ne dépend de la Russie qu’à 11%, son premier fournisseur étant la Norvège à 42%. C’est donc dire que la moyenne européenne est lourdement déterminée par le poids que pèse l’Allemagne, première économie du continent, un pays d’autant plus consommateur de gaz qu’il a renoncé au nucléaire.

 

L’accord de la Russie et de l’Allemagne

Dans ce contexte, la Russie et l’Allemagne ont passé un accord consistant à faire passer par la mer Baltique un gazoduc appelé Nordstream composé de deux tubes : une fois posé le deuxième tube, Nordstream 2, le gaz partira directement du sous-sol russe pour arriver sous le brûleur du consommateur allemand. Mais aussi, l’Allemagne pourra raccorder à ses terminaux ses propres gazoducs qui pourraient fournir la Pologne et plus généralement l’Europe centrale, voire, pourquoi pas, l’Europe occidentale. Excellente affaire pour l’Allemagne, on l’aura compris, excellente aubaine pour sa politique de Mitteleuropa consistant à se placer au centre de l’Union européenne.

Mais mauvaise affaire pour l’Ukraine, et accessoirement la Biélorussie, qui verraient diminuer leur importance de pays transitaires, percevant une taxe sur le gaz russe passant par chez elles avant d’arriver en Pologne, en Hongrie, en Autriche, etc., et, justement, en Allemagne. Nordstream est un gazoduc libérateur pour l’Allemagne, mais un terrible concurrent pour l’Ukraine.

Mauvaise affaire également pour les Etats-Unis, qui sont redevenus le premier producteur mondial de gaz – 20% – depuis qu’ils ont décidé l’exploitation du gaz de schiste, beaucoup plus chère dans son procédé lui-même, et dont le coût est encore augmenté par la nécessité de le transformer en liquide, puis de le transporter sur des méthaniers afin de les acheminer, à travers l’Atlantique, jusqu’aux terminaux de l’Europe occidentale. Tous comptes faits, le gaz russe, par Nordstream, coûte 30% moins cher que le gaz américain : une concurrence impossible à surmonter.

 

L’aspect économique de la crise en Ukraine

Ces derniers jours, l’Amérique a demandé au Qatar d’orienter ses exportations préférentiellement vers l’Europe occidentale, en cas de conflit avec la Russie, comme si les contraintes qui pèsent sur le transport du gaz qatari – liquéfaction, transport maritime, contournement de la péninsule arabique, remontée de la mer Rouge, passage du canal de suez, enfin traversée de la Méditerranée jusqu’à Marseille – comme si ces contraintes pouvaient pallier une crise engendrée par une perturbation majeure dans la fourniture du gaz russe. Et naturellement, le zèle déployé par le Qatar ne suffisant pas à combler le vide, c’est l’Amérique qui se chargerait de l’essentiel restant, vendant son gaz 30% plus cher que le russe.

Voilà un autre aspect de la crise ukrainienne, un aspect purement économique qui met en lumière les relations entre l’Amérique du nord et l’Europe, et qui explique que dans cette crise européenne, l’Amérique se tienne au premier rang. M. Poutine l’a bien compris, qui ne discute qu’avec elle, et M. Macron aussi, qui en tant que président intérimaire de l’Union européenne, voudrait reprendre l’initiative. Il est très probable que l’Allemagne l’encourage dans cette voie, parce qu’elle a tout à gagner à l’achèvement de Nordstream 2.

 

Pour écouter d’autres podcasts, rendez-vous sur la page Actualités de l’ESCI.

Date limite de candidature

Date de concours